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Fiche de lecture

Fiche de lecture


« UNE ANALYSE COMPARATIVE DES ENTREPRISES DES DOM ET DE
LA METROPOLE »
D’ANTOINE DREYER, BERTRAND SAVOYE
PUBLIE LE 23/05/2016
HTTP://WWW.PERSEE.FR/DOC/ESTAT_0336-1454_2013_NUM_462_1_10218

INTRODUCTION
L’article scientifique choisi s’intitule « Une analyse comparative des entreprises des
DOM et de la métropole » publié en Mai 2016 par Antoine Dreyer et Bertrand Savoye.
Tous deux sont respectivement statisticien et économiste. Le premier mène des travaux
pour l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE). Quant au
second, il effectue des recherches pour l’Agence française de Développement (AFD). Cet
article a été écrit dans le but de mettre en exergue la nature et les effets des handicaps
affectant les entreprises domiennes par rapport aux entreprises de la Métropole.
Notre choix s’est tourné vers cet article car nous avons toujours été intriguée de savoir
s’il existe une réelle différence entre la situation économique de la Métropole française
et les départements d’Outre-mer. Ainsi nous nous sommes demandé si l’herbe était plus
verte en Métropole ? Pour y répondre, on commencera, grâce au résumé de l’article, par
montrer le point de vue des auteurs. Ensuite nous emmétrerons un avis critique sur
l’oeuvre.
RESUME DE L’ARTICLE
Comme énoncé précédemment, cet article porte sur une analyse comparative de
l’ensemble des tissus d’entreprises domiennes face à celles métropolitaines. Cette analyse
est faite sur la période comprise entre 2000 et 2007. Durant cette période, des mesures
visant le soutient de l’investissement, de l’emploi, du renforcement et de la protection
l’activité locale ainsi que la stimulation de la consommation étaient en vigueur. Par
exemple, un contribuable ou une société d’outre-mer peut avoir une réduction d’impôt
sur le revenu ou sur les sociétés en raison d’un investissement productif neuf réalisé. Il
existe également une absence de TVA en Guyane et une réduction dans les autre DOM
ou encore une TVA non perçue mais récupérable. L’unité d’observation est l’entreprise
pour se centrer sur l’analyse des acteurs économiques et non pas sur les agrégats
territoriaux.
De plus, pour être plus pertinent, les auteurs choisissent d’affecter trois filtres aux
entreprises. Le premier étant concentré sur l’industrie, le commerce et les services (ICS).
Le second sur l’état d’activité de l’entreprise pour écarter les entreprises avec une activité
en sommeil. Et le dernier, sur les formes juridiques pour ne prendre en compte seulement
les entreprises ayant une activité économique marchande. De ce fait, ces filtres exclu 11%
des entreprises métropolitaine et 13% de celles domiennes.
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Ensuite, Dreyer et Savoye nous montre que, dans le cas des entreprises de moins de
10 salariés, on observe des similitudes au niveau de la répartition de celles-ci par secteurs
ou par tailles dans la mesure où ces entreprises représentent plus de 90% des distributions
en Métropole et dans les DOM. Ainsi en termes de chiffre d’affaire, le premier quartile
se situe pour les DOM à 125 000 euros et pour la Métropole à 124 000 euros.
Cependant, les stratégies d’entreprises domiennes et métropolitaines sont différentes.
Les entreprises ultramarines misent plus fréquemment qu’en Métropole sur l’embauche
plutôt que sur la productivité. Tandis que l’Hexagone favorise la croissance dite
« malthusienne » c’est-à-dire que non seulement cette croissance ne profite pas à l’emploi
et va au détriment de celui-ci mais encore elle opte pour un processus de restriction grâce
aux plans de licenciements. En prenant des entreprises à tailles plus élevées, les auteurs
remarquent que la valeur ajoutée en Métropole est comparativement plus produite par les
entreprises de grandes tailles représentant 21% de sa valeur ajoutée pour les entreprises
de plus de 5000 salariés, non présentes sur les territoires ultramarins. Concernant
l’excédent brut d’exploitation, au-dessous de 250 salariés, les taux d’entreprises
présentant un EBE déficitaire sont supérieurs dans les DOM. Malgré cela, la taille du tissu
d’entreprises, rapportées à la population, des départements antillais se trouvent au niveau
de la moyenne nationale excepté pour la Réunion et la Guyane où l’on observe des
densités plus faibles.
Quant aux contraintes liées à l’ultra-périphéricité, elles se soldent par des disparités
au niveau des activités, des couts de production ou encore des rotations de stocks. A savoir
que le volume moyen des entreprises industrielles de la Métropole est plus élevé dû à la
grande présence d’entreprises de plus de 5000 salariés sur le territoire et donc dû à
l’absence de celles-ci en Outre-mer causée par l’étroitesse des marchés locaux. A partir
d’un calcul de distances du Chi-2 entre structures d’emploi, les auteurs montrent qu’il
existe une proximité entre la situation des DOM et celle des départements du Sud de la
Métropole. Ils remarquent également que la part des consommations intermédiaires dans
le chiffre d’affaire est, en 2007, de 6,1 point inférieur en métropole car le poids d’achats
de matières premières est nettement plus conséquent dans les DOM. De plus, dû aux
contraintes d’accessibilité et à l’étroitesse des marchés, les rotations de stocks sont plus
longues et les niveaux d’équipement et de valeur ajoutée par salariés sont plus faibles en
Outre-mer. C’est ainsi que le niveau d’équipement moyen par salarié dépasse en
Métropole celui des DOM de 35% !
Enfin, grâce aux mesures d’exonérations partielle des charges sociales, l’Etat a permis
la réduction des difficultés des entreprises domiennes. Ainsi, entre 2000 et 2007, les taux
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de marges moyens des DOM étaient proches de ceux de la Métropole et les taux de
rentabilité étaient supérieurs. Durant l’année 2007, les taux de charges sociales sur les
salaires était en moyenne de 43% dans les entreprises de l’Hexagone contre 29% dans
celles ultramarines. C’est pourquoi les auteurs ont conclu que les entreprises domiennes
ne sont pas aussi différentes de celles de la métropole dans la mesure où leur croissance
a été plus rapide qu’en Métropole. Cela est essentiellement dû à création de valeur ajoutée
grâce à un nombre d’apparition d’entreprises casi deux fois supérieur au nombre de
disparitions d’entreprises. Tandis que dans l’Hexagone, la croissance de la valeur ajoutée
repose à 71% sur la dynamique des entreprises pérennes.
ANALYSE CRITIQUE DE L’ARTICLE
Tout d’abord, la thèse globale, prononcée par les auteurs Antoine Dreyer et Bertrand
Savoye, est qu’il n’y pas de différences notables entre la France Métropolitaine et les
Départements d’Outre-mer. La période choisit est entre les années 2000 et 2007 or durant
cette période, comme les auteurs le soulignent, nous sommes dans une phase favorable à
la croissance. En effet, des mesures favorisant l’investissement, l’emploi et le
renforcement de l’activité pour stimuler la consommation sont en vigueur. Ces dernières
sont aussi fortement appuyées par le président en place à l’époque, Jacques Chirac qui
souhaite « un système de défiscalisation (…) stable sur dix ans. » (Bernard Grollier, Les
Echos, 21/05/2001). Ces normes sont le moyen de remédier aux besoins d’accessibilités
difficiles, à l’étroitesse des marchés et à la forte exposition aux chocs exogènes.
En 2007, le taux de charges sociales sur les salaires est en moyenne de 43% dans les
entreprises métropolitaines et de 29% dans celles domiennes. Grâce au tableau 1, proposé
par nos deux auteurs, nous remarquons que malgré un résultat moyen de deux points
inférieurs, les taux de rentabilité financière et économique des entreprises ultramarines
sont supérieurs à ceux de la métropole. De plus, la bonne santé des entreprises des DOM
est notable lorsque l’on parle de sociétés de moins de 10 salariés qui présentent plus de 9
Tableau 1: Principaux postes du compte de résultat des entreprises domiennes et métropolitaines en 2007
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entreprises sur 10 Outre-mer. La majorité de la valeur ajoutée des DOM découle du
secteur tertiaire, qui représente plus 80% de sa production à l’exception de la Guyane qui
reste, comme nous allons le voir tout au long de cette analyse, un département avec
beaucoup de difficultés de développement. D’ailleurs, le taux de chômage sur la majorité
des territoires ultramarins est casi deux fois plus élevés qu’en Métropole. D’après
l’INSEE, sur la période 2000-2013, ce même taux a diminué en Guyane pour se stabiliser
à 21% ou encore en Guadeloupe où ce dernier a atteint les 29% en 2013. De ce fait, les
entreprises domiennes misent sur des stratégies complétement différentes à celle de la
Métropole. C’est ainsi que ces dernières préfèrent maintenir un mode développement
extensif en embauchant plutôt que de rechercher des gains de productivité. Cette offre,
qui reste pour la plupart locale, donne l’opportunité pour les habitants de consommer
local à des prix abordables. Bien que nous constations une bonne croissance, ces aspects
restent à relativiser car les auteurs ont choisi de mener cette étudie seulement sur une
période propice ce qui n’est pas très objectif à notre sens.
Par la suite nous allons donc étudier la situation des DOM après la crise des subprimes
de 2008. Ainsi nous remarquerons très rapidement que la situation des départements
d’outre-mer s’est détériorée ; une dégradation bien plus prononcée que celle qu’à subit la
Métropole. Notamment avec des difficultés socio-économiques dues à une forte baisse
du pouvoir d’achat des ménages. Le salaire moyen fin 2008, pour les emplois les moins
qualifiés, était de 10% moins élevé que ceux de la Métropole. Durant cette même période
nous avons constater des différences de prix allant jusqu’à un prix 35% plus cher pour les
produits de première nécessité comme le carburant. C’est d’ailleurs ce qui a conduit, en
décembre 2008, à un conflit en Guyane paralysant tout le territoire. On note également
un
Tableau 2
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décalage important entre les prix de l’Hexagone et ceux des départements d’Outre-mer.
Ce tableau 2, provenant du site internet Séna.fr, nous démontre bien cette divergence de
prix. Par exemple au niveau des produits alimentaires, en 2009, les DOM ont vu leurs
prix augmenter jusqu’à atteindre une supériorité de 6,3 points par rapport aux prix de la
France métropolitaine.
Enfin, Dreyer et Savoye choisissent volontairement d’exclure le facteur
environnemental de leur analyse comparative alors qu’il est plus qu’important de le
mentionner et d’en examiner les effets sur le développement des entreprises.
Premièrement les DOM présentent un isolement marqué par l’éloignement vis-à-vis de la
Métropole qui cause une faible intégration des populations ultramarines. Cet éloignement
a un effet négatif sur l’éducation et donc sur l’emploi notamment des jeunes. En effet,
selon les statistiques d’Eurostat en 2009, le taux de chômage chez les 15-24 ans était de
55,7% en Guadeloupe, de 50% à la Réunion ou encore de 47,8% en Martinique alors qu’il
était selon l’INSEE de 24% la même année en Métropole. On observe une fuite vers la
Métropole d’individus cherchant à se former ou désirant une entrée sur le marché du
travail car la petitesse des territoires ne proposer pas une palette diversifiée de formations
en études supérieurs ou d’emplois. Ainsi cette migration vers l’Hexagone découle dans
la majorité des cas vers une installation définitive. Cela peut s’expliquer par le fait qu’en
Outre-mer on constate des difficultés d’obtention de crédit que ce soit pour les habitants
ou pour les collectivités territoriales ce qui limitent l’investissement. De plus, outre les
problèmes d’insertions professionnelles, ces départements sont fortement exposés aux
risques naturels. Cela implique la reconstruction entre autres d’habitats mais également
d’entreprises ou d’écoles. Tous ces obstacles engendrent une sorte de dépendance des
DOM envers la Métropole tout en sachant que ces aides sont indispensables car elles
permettent le maintien de l’économie des Départements d’Outre-mer et donc de la France.
V) CONCLUSION
En somme, sur la période observée 2000-2007, on remarque qu’il existe moins de
divergences entre les DOM et la Métropole. La structure des départements d’Outre-mer,
à l’exception de la Réunion et de la Guyane qui gardent un niveau faible de
développement, se rapprochant fortement de celle des départements du sud de
l’Hexagone. Néanmoins cela reste à relativiser car cette analyse a été menée durant une
période propice aux entreprises ultramarines. En effet, depuis 2008, la situation s’est
fortement détériorée notamment au niveau de l’emploi car les taux de chômage et la
précarité reste bien trop élevée Outre-mer touchant pour en majorité les jeunes. En raison
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d’effets bien plus marqués qu’en Métropole lorsqu’il s’agit de chocs économiques car ces
départements ont plus de difficultés à s’orienter vers des marchés à l’exportation. Malgré
les nombreuses politiques d’aides pour pallier les écarts entre la Métropole et ses
départements d’Outre-mer, ces derniers peinent à trouver leur place au sein de la
République résultant du poids de l’histoire coloniale.
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VI) BIBLIOGRAPHIE

  • Antoine, Dreyer & Bertrand, Savoye. 2013. « Une analyse comparative des
    entreprises des DOM et de la métropole ». In : Economie et statistique, n°462-
    463, pp99-123.
  • Bernard, Grollier. 2001. « Jacques Chirac pour une loi-programme en faveur des
    DOM », Les Echos, 21/05/2001,
    https://www.lesechos.fr/21/05/2001/LesEchos/18407-019-ECH_jacques-chiracpour-
    une-loi-programme-en-faveur-des-dom.htm#inscription
  • Eric, Doligé. 7 juillet 2009. « Les DOM, défi pour la République, chance pour la
    France, 100 propositions pour fonder l’avenir (volume1, rapport) ». Rapport
    d’information n°519, http://www.senat.fr/rap/r08-519-1/r08-519-
    1_mono.html#toc378, 213Ko.
  • INSEE.fr. 2016. « Chômage ». Insee Références.
    https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=2&ved
    =2ahUKEwio98CV4I_eAhUFgRoKHYYCDB4QFjABegQICBAC&url=https%
    3A%2F%2Fwww.insee.fr%2Ffr%2Fstatistiques%2Ffichier%2F2492226%2FFP
    ORSOC16k3_F3.3_chomage.pdf&usg=AOvVaw2qtS7sQWGUog1TPjoS52eW
  • Pierre-Eric Treyens & Armelle Catherine. 2015. « Dans les DOM, l’activité et
    l’emploi stagnent depuis dix ans », INSEE, 24/04/2015,
    https://www.insee.fr/fr/statistiques/1285790, 361Ko.

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